TYMPANS ET PORTAILS

Appliqué à l’art médiéval, le tympan désigne un portail d’église, l’espace semi-circulaire qui est compris entre le linteau horizontal et l’archivolte supérieure.
A l’époque romane, cet endroit placé au centre du portail, voire de la façade toute entière, constitue, au même titre que les chapiteaux de la nef et du chœur, le lieu principal où se déploie la sculpture.
Le tympan, pièce maîtresse du portail, fait partie d’un ensemble qu’il faut étudier comme un tout. Le décor du linteau, celui du trumeau, ceux des voussures, des embrasements, des colonnes ou des soubassements viennent relayer, compléter ou parachever ce qui est montré au tympan.

Sculpture nouvelle
Désormais soumise à l’architecture, cette sculpture nouvelle subit l’influence de l’enluminure et des arts mineurs, notamment celle des ivoires et des tissus orientaux conservés dans les trésors des églises et d’abbayes. Les cloîtres dont quelques-uns portent un décor historié dès le milieu du XIe siècle, sont un des premiers agents de diffusion de la sculpture nouvelle.

Les sculpteurs
Les sculpteurs romans sont pour nous des personnages pratiquement inconnus. Certes quelques noms sont inscrits dans la pierre, mais rien ne prouve qu’il s’agit bien de noms de sculpteurs ni que ces noms sont contemporains des œuvres sur lesquelles il prennent place. L’exemple le plus fameux est celui de l’énigmatique inscription mot à mot : Gislebertus a fait cela, gravée sous les pieds du Christ sur le rebord supérieur du linteau du tympan d’Autun. Mais est-ce finalement si important ? Qu’aurions-nous vraiment à gagner de savoir avec certitude que Petrus a sculpté tel tympan et Robertus tel autre ? Aucunement, au contraire. On imagine le délire attributionniste que s’emparerait alors certains chercheurs, ni les adjectifs démesurés qui qualifieraient ces artistes de génie <enfin identifiés>.

André Beauneveu_1335-1402
Giovanni Pisano 1248-1315

Les programmes iconographiques
La sculpture monumentale du XIIe siècle est un art essentiellement monastique. Les sculpteurs sont des moines, ou, comme le soulignait déjà Emile Mâle. Ceux-ci puisent dans les livres une large partie du programme iconographique qu’ils font représenter aux portes de leurs églises. Tout monastère possède en effet une bibliothèque, au sein de laquelle la Bible, les pères, l’exégèse et la théologie constituent l’essentiels des volumes. Certains de leurs manuscrits sont enluminés et les miniatures qui y prennent place ont souvent influencé le décor sculpté des portails et des tympans.

Le bestiaire
A l’époque romane, aux portes de la plupart des églises, les animaux sont nombreux, parfois très nombreux comme aux deux portails d’Aulnay. Ils le sont du reste également à l’intérieur où ils constituent une bonne part du décor figuré que les moines et les fidèles ont quotidiennement sous les yeux, au grand scandale de certains prélats qui s’emportent, tel saint Bernard dans les années 1130, contre les lions féroces, les singes immondes, les tigres tachetés, les monstres hybrides, les centaures étranges, les animaux qui chevauchent des hommes. Certes, ce passage célèbre de l’abbé de Clairvaux s’adresse d’abord aux moines, entourés d’animaux peints et sculptés dans l’église et dans le cloître, mais il est révélateur de la place immense occupée par l’animal dans le temple chrétien et des débats que suscite cette place.


 

Eglise d’Aulnay


Le travail de la pierre

Le travail du sculpteur est d’autant plus difficile qu’il est soumis aux contraintes du matériau et que celui-ci est choisi par le commanditaire ou par le maître d’atelier. Sauf pour les chantiers de très grande envergure. Il est rare que l’on fasse venir la pierre de loin : on s’approvisionne le plus souvent dans les carrières locales. Rares sont les tympans monolithes, c’est à dire dans une seule dalle de pierre. Cela ne concerne que les petites églises ou bien les tympans les plus anciens, comme celui de Charlieu, par exemple, réalisé vers 1100. Ailleurs, l’ensemble du tympan est constitué de plusieurs blocs de pierre, lesquels sont toujours sculptés avant la pose.

Le tympan de Charlieu

Tiffen

Source ; Tympans et portails romans de Michel Pastoureau.

2 réflexions sur « TYMPANS ET PORTAILS »

  1. Merci Dame Tiffen pour ce très précieux travail. C’est un régal à lire et découvrir.

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